Le sacrifice syrien

Par Walid Joumblatt

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L’accord historique – ou la décision historique – du Conseil de sécurité sur la Syrie est à la fois tout et rien. Il comporte une formule obscure en faveur de la formation d’un cabinet d’union nationale, parce que l’on ne sait toujours pas qui y participera de l’opposition après le “processus d’épuration”, le tri entre terroristes et non-terroristes. Le plus probable est que le résultat soit un mélange décapant entre opposants “de l’intérieur” et “de l’extérieur”, c’est-à-dire ceux qui sont en Syrie et ceux qui sont soit à la solde de la Russie, soit épris des Turcs ou des Qataris, des Saoudiens, ou encore des Egyptiens, sans oublier les Iraniens… l’inventaire est trop long à dresser.

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A l’avenir, certains groupuscules pourraient accepter le projet au terme des tentatives visant à les éprouver sur le plan militaire et à les amadouer, sous le slogan de la “priorité à la lutte contre Daech”.

Le régime, lui, subira le traitement par la suite, parce qu’il respectera, au terme de la période de transition qui commence dans six mois – et qui pourrait durer six ans, voire plus – le passage vers l’instauration d’un pouvoir démocratique. C’est à ce niveau que réside le plus grand piège, parce que les Russes, les Iraniens, et avec eux le régime syrien, ont imposé un ordre du jour aux autres pays, faisant de la lutte contre le terrorisme leur priorité, et oubliant au passage toutes les atrocitéscommises par le régime.

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Au bout du compte, l’opération se terminera par des élections, qui mettront sur le même pied d’égalité le bourreau et la victime, en présence d’observateurs arabes et internationaux, naturellement, pour poursuivre la mascarade. Quant aux réformes, Monsieur le Président, Celui Qui Est Adoré Pour l’Eternité, les mettra en application conformément à une Constitution tronquée, enrobée de slogans pompeux, pour masquer l’habituelle réalité répressive et terrifiante.

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A l’heure actuelle, c’est la bataille (contre Daech) qui prime, et rien d’autre. Tel était déjà le traditionnel slogan baassiste – leitmotiv parfaitement absurde – par le biais duquel le peuple syrien a été incarcéré durant des décennies. Autrefois, le slogan de l’axe de la moumana’a était la Palestine. C’est désormais la lutte contre le terrorisme !

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Loin de moi la volonté de diffuser un climat général de frustration. Cependant, la dynastie au pouvoir en Syrie, de père en fils, s’est spécialisée dans la maîtrise du facteur temps et dans l’épuisement des chefs d’Etats et des initiatives, dans le but de continuer à trôner sur les ruines de la Syrie… en attendant la mise en place d’un nouveau plan quinquennal pour l’ensemble du territoire, sur de nouvelles bases démographiques, sécuritaires et urbaines, qui permettra au régime de se maintenir, de s’assurer une pérennité, et de garantir, ce faisant, la continuité pour ses alliés, ainsi que la sécurité et la stabilité pour les autres larrons de ce qu’on appelle la “communauté internationale”…

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Il s’agit d’une danse macabre sur les restes de la Syrie, selon la formule de l’analyste Khattar Abou Diab. Le prétexte est et restera le jeu du terrorisme – oui, le jeu du terrorisme – au rythme duquel la Syrie et son peuple sont sacrifiés sur l’autel du jeu des nations.